MATHIEU FRASER-DAGENAIS |
DÉMARCHE |
Je m'intéresse premièrement à l'architecture, aux notions d'espace et d'environnement, plus particulièrement aux espaces construits, desquels on peut extraire des formes, des fonctions et des pratiques. Ensuite, je dirais que mon intérêt se porte sur les modèles, leurs théories et les modes de perception qu'ils génèrent. D'ici, un corpus d'installations sur le thème de la plate-forme, du belvédère et du module d'habitation s'est amorcé suite à la volonté de s'approprier et de modifier simultanément un environnement. Des gouaches d'espaces intérieurs et des dessins de maisons modèles ont été réalisés parallèlement. Ce qui unirait les installations aux dessins serait une surface : la surface d'inscription d'une pensée en cours, où la maquette, le prototype et l'esquisse constituent, tour à tour, une modélisation de cet espace. Le modèle importe dans ma pratique comme mode de pensée et par extension, comme mode de représentation. Entendu comme proposition finie, où est nécessaire la connaissance et l'application de codes, selon des circonstances, il intervient dans l'amorce et la constitution de jeux, jeux de manières de faire comme dirait Michel de Certeau[1]. Car si un jeu est, en quelque sorte, une manière de faire, on comprendra qu'il donne accès à une forme de détournement. Dans sa définition, le jeu est élaboré à partir de règlements, ici, de modèles et c'est dans cet ancrage statique, une fois les codes assimilés, qu'il devient possible de proposer un usage différent. Je m'intéresse à l'engagement pratique des modèles comme proposition isolée de vérité, là où le réel est fixé, abstrait à un certain niveau, suffisamment pour qu'il permette une manipulation. Cet intérêt prend forme dans la construction de modèles d'espaces. Cet engagement pratique me paraît essentiel, car il valide les hypothèses de fonctions d'espaces et donne comme image (Bild) une connaissance (Bildung). La formation de la pensée est intimement liée à notre capacité de spatialisation et à notre perception de l'espace. Si les découvertes en science imposent des changements de paradigmes spatiaux et génèrent de nouvelles considérations de l'espace, elles initient d'un même trait de nouvelles façons de voir le monde[2]. |
© Mathieu Fraser-Dagenais |